Annapolis : un espoir, malgré tout
La conférence d’Annapolis, tenue le mardi 27 novembre 2007, a marqué le début de la reprise d’un processus de paix pour le conflit israelo palestinien. Réunis sous l’égide du président américain Georges W. Bush et de la secrétaire d’état Condoleezza Rice, le président de l’autorité palestinienne Mahmoud Abbas et le premier ministre israelien Ehud Olmert, les deux parties sont tombés d’accord sur un plan de travail commun, devant arriver à une paix durable avant fin 2008. Crédible ? Peu d’observateurs parient sur une issue favorable à ce conflit dans une période aussi courte. Car des problèmes majeurs subsistent... depuis plus de soixante ans déjà.
Qu’est ce qui a bien pu piquer Georges W. Bush pour qu’il s’intéresse soudainement au problème israelo-palestinien ? Après septs années de déni total et de politique belliqueuse au Moyen Orient, l’administration Bush cherche-t-elle à se redonner bonne conscience ? Il est vrai que les échecs de l’intervention internationale depuis quelques années et de Camp David en 2000 ne donnaient guère envie de se frotter à l’épineux sujet, mais la manière dont ce processus de paix resurgit après les profondes erreurs américaines en Irak semble relever du tour de passe passe diplomatique. Georges W. Bush arrivant en fin de mandat, ceci explique sûrement cela. Il fallait relancer un processus de paix pour se donner bonne conscience. Et avec un peu de chance, obtenir des résultats...
Comprendre les problèmes - Quelques minutes avant la rencontre d’Annapolis, le président américain avait obtenu des deux parties un engagement écrit pour de nouvelles discussions sur des questions cruciales :
Le statut de Jérusalem : chaque camp désire faire de cette ville sa capitale.
Le sort des quatre millions de réfugiés palestiniens : Israel a toujours refusé aux palestiniens le droit de revenir sur la terre dont ils ont été chassés en 1948, en contradiction avec la résolution 194 de l’ONU.
L’avenir des colonies juives dont les Palestiniens réclament le démantèlement, alors que le Juifs en continuent l’expansion.
Le partage des ressources en eau et délimitation des frontières.
Les deux parties sont convenues de lancer « immédiatement des négociations bilatérales en toute bonne foi pour conclure un traité de paix résolvant toutes les questions pendantes », a expliqué George W. Bush en ouvrant la conférence. Israéliens et Palestiniens se sont engagés à faire « tous les efforts possibles pour parvenir à un accord avant la fin de 2008 », a-t-il ajouté.
Terrain miné - Mais sur le papier déjà, tout dérape. La feuille de route posait comme condition sine qua non au démarrage du processus de paix le gel de l’extension des colonies israeliennes en cisjordanie. Or, la déclaration du porte-parole du mouvement israélien "La Paix Maintenant" contredit cette ligne de conduite. Selon ce dernier, Israël a dégagé dans son budget pour 2008 des sommes pour la construction de 750 logements dans des colonies en Cisjordanie, a annoncé dimanche. Interrogé par la radio de l’armée israélienne, le ministre des Retraités, Rafi Eytan, a confirmé qu’Israël entendait mener ces projets à terme. "Nous avons toujours dit que nous pouvons construire à Har Homa qui se trouve à l’intérieur des limites municipales de Jérusalem (...) Il peut y avoir des problèmes pour Maalé Adoumim, mais nous voulons poursuivre l’extension naturelle dans les grands blocs" de colonies, a déclaré ce ministre.
Tollé de la part de l’administration américaine, mais surtout de la part de Mahmoud Abbas, qui a exigé « un arrêt de toutes les activités de colonisation sans exception, le démantèlement des 127 colonies sauvages érigées depuis 2001, la réouverture des institutions palestiniennes fermées à Jérusalem, la levée des barrages militaires, l’arrêt de la construction de la barrière de séparation et la libération des prisonniers ».
Le nerf de la Paix - La conférence internationale d’aide aux Palestiniens, tenue à Paris ce 17 décembre, a permis de récolter près de 7,4 Milliards d’euro de promesse de don pour la construction d’un etat palestinien sur 3 ans. Un premier pas pour soutenir le consensus d’Annapolis, et pas des moindres puisque les sommes promises sont au delà des espérances palestiniennes. Toutefois les divisions internes de l’Autorité palestinienne, avec la bande de gaza aux mains du Hamas, compliquent l’attribution de ces dons par de donateurs qui ne veulent pas entendre parler du Hamas.
Triste constat - Soyons réalistes. Une paix durable ne sera pas établie avant fin 2008 entre israelien et palestinien. Trop de problèmes de fonds persistent, des problèmes aux antagonismes radicaux qui ne peuvent être réglés qu’à coup de larges sacrifices de part et d’autres. Et ces sacrifices, ni Olmert ni Abbas ne peuvent se les permettre, tant leurs positions au sein de leur propre état ne sont pas assurées. Ehud Olmert est coincé par des sondages de plus en plus désastreux, alors que ses adversaires comme Benjamin Netanyahu n’attendent qu’un échec des pourparlers pour engager des élections anticipées. De son coté, Mahmoud Abbas doit batailler pour affirmer son autorité au sein d’une Autorité palestinienne déchirée par le contrôle du Hamas sur la bande de Gaza, et son importante représentation au parlement palestinien (74 sièges sur 132), et il n’a le droit a aucun faux pas sur la question de Jerusalem ou des réfugiés.
Et d’un coté comme de l’autre, l’impossibilité inconditionnelle de céder un seul centimètre carré de Jerusalem au camp d’en face. Le Mur des Lamentations porte décidémment bien son nom.


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