Massive. Metz n'avait pas vu une manifestation d'une telle ampleur depuis bien longtemps. 1995 peut-être. Cheminots, électriciens, gaziers, professeurs, chercheurs, étudiants, tous défilaient ensemble. Tous solidaires ? Bien sûr, à en écouter certains. Pourtant le mouvement hétéroclite regorgeait de personnalités avec des points de vue divergents sur des sujets qui fâchent. Telle la présence de R. Lioger, des étudiants grévistes et du sujet qui les divise : la L.R.U. Tous ensemble ! Tous ensemble ? mouais, mouais ...
6000 personnes dans les rues de Metz, dont 500 étudiants, selon l'Unef.
Un président en grève - Mr Richard Lioger, Président de l'université de Metz, qui défilait sous les drapeaux de la CFDT en tête de cortège, n'a que peu côtoyer les étudiants, tout syndicats confondus, qui fermaient la marche avec SUD. Pour cause, un étudiant gréviste qui commente " Lioger, ici ??? Si il passe par ici il va se faire caillasser !". Prise de température effectuée.
Alors, qu'est ce qui justifie la présence du Président de l'université dans la manifestation de ce mardi ? Comme il l'explique sur son blog, les deux motifs de revendication principaux sont la baisse du pouvoir d'achat des fonctionnaires (-6 % en 7 ans) et les suppressions de postes massives, cycliques, diront certains.
Président d'université, candidat à la candidature PS pour la mairie de Metz, chercheur à ses (rares) heures perdues, Lioger mutiplie les activités, et par là les contraintes. Peut on exercer pleinement ses responsabilités de Président d'université lorsque l'on a des engagements comme les siens ? L'homme assure qu'il assure. Ca rassure.
Lioger, un homme "en mouvement", impossible à cadrer !
3000 à 4000 euro - C'est quoi ces chiffres ? Les nouveaux crédits pour la rénovation des locaux ? Un fonds débloqué pour les équipements universitaires ? ... rien de tout ça. Confirmé par le président, c'est le coût journalier du contrat passé avec l'agence de gardiennage Alpha Sécurité. Toutefois, c'est là le coût nécessaire à la sécurité physique du personnel et des étudiants. Cela assure que la levée du blocage soit effective. Soit.
Coup en douce - En parlant de levée du blocage, les étudiants pro blocus se sont fait prendre pour des bleus. Lioger assure avoir "demandé à l'administration à 7 h d'ouvrir les portes". Comprenez par là qu'il a demandé aux vigils de lever le blocus le plus discrètement possible. Les bloqueurs s'attendaient à la venue des CRS, en vain. C'était joué d'avance : le Président ne veut/peut pas dépêcher les forces de polices. Il a une image à préserver.
Malaise - Après les bloqueurs, voilà que ce sont les vigils d'Alpha Sécurité qui occupent l'entrée des facs. Leur présence sert évidemment à empêcher tout mouvement de blocage et ainsi faire respecter le résultat du vote. Mais avouons le, leur présence dérange. "Chiens de garde", "Gros bras", "Molosses", les sobriquets les plus moqueurs courent déjà à leurs sujets. Et je ne cite pas les pires. Les étudiants grévistes disaient vouloir instaurer un rapport de force. Ils sont servis. Mais la mauvaise foi dont font preuve certains est des plus exécrables. Certes l'on peut interpréter les chiffres du résultat du vote de lundi de mille façons, mais il faut garder un minimum d'objectivité, pour peu que ce mot veuille encore dire quelque chose. Ainsi, "Gui-toto" illustre bien le concept de course à la légitimité dont je parlais dans l'article sur le vote, quand il commente sur paris-indymedia "A 1200 en AG, on n'est pas "légitime", mais à 2000 votants eux le seraient ? Scandaleux !". 1200 en AG ? Voilà un chiffre fortement gonflé. Soyez sérieux et arrétez les faux arguments.
Sur cet autre article, du même auteur, même son de trompette qu'auprès des membres du comité de grève : le blocus est levé, mais ce n'est que momentané. Le boulot de vigil a donc encore de beaux jours devant lui. Voilà une voie pleine d'avenir pour des jeunes sans travail !
Du neuf à l'UNEF - Mise au point effectuée. Après avoir été à fond pour le blocage puis plutôt pour, puis le "faut voir", nous voilà dans la phase "Cherchons d'autre moyens d'actions". Par contre, l'appel à venir aux AG est toujours actif. Marc Stelling, président de l'UNEF-Metz, regrette que le blocage ait divisé les étudiants au lieu de les rassembler. Sur la LRU, la ligne est claire : Contre la réforme en cours, mais pour une autre réforme. Une réforme qui injecterait des fonds publics pour créer des bureaux de stage, et ainsi adapter l'université au monde du travail. Recadrage national des diplômes et revalorisation des bourses, bien sûr. Marc dénonce la qualité et l'intitulé des diplômes : le risque de cibler trop les diplômes sur les besoins des entreprises serait plus une voie de garage à long terme qu'une autoroute sur le parcours professionnel.
En ce qui concerne l'intervention "en douceur" des vigils vers 7 h du matin, Marc l'interprète comme une réaction de Lioger après avoir été "touché dans son ego", lors de l'AG de Jeudi 15. Rappelons que le président s'est fait hué après un court discours de 3 minutes. Marc, synthétique, conclut qu'"être un étudiant mobilisé ne donne pas le droit d'insulter un président d'université" et qu'"être président d'université ne donne pas de droit [ à parler plus de 3 minutes, comme tout le monde, (ndlr)].
À bon entendeur(s).
Marc Stelling, Président de l'Unef. Podcasté dans un petit local qui sentait le sirop de fraise.
Gérard Caussaint, Secrétaire départemental de la CNPTES (Enseignement Sup.), qui trouve "qu'avec ce qu'on nous enfile, on a raison d'être inquiet !"